La magnificence du Monde

6 juillet 2011


Par Odile Rampy



Si vous détestez la musique classique, le silence et la vacuité, L’Arbre de la vie (The Tree of Life) de Terrence Malick n’est pas pour vous. Mais si vous tentez d’y aller quand même, ne serait-ce que pour voir ce film qui a mérité la Palme d’Or du dernier festival de Cannes, attention, vous risquez peut-être d’en revenir convertis… ou complètement exaspérés!

Pour ceux qui, au contraire, se sentent déjà partie intégrante d’un grand Tout dans le Cosmos infini, alors là, vous serez emportés magistralement dans cette dimension mystique propre au réalisateur Terrence Malick (La Mince Ligne rouge [1998], Le Nouveau Monde [2005]). Quoi qu’il en soit, n’allez pas voir ce film dans un état de fatigue extrême ou simplement pour vous divertir, car il vous faudra demeurer attentif à la signification de milliers d'images, qui valent chacune mille mots. Ne vous attendez pas à de l’action ou à du suspense, d’autres films existent pour cela.

Un poème rempli de grâce
L’Arbre de la vie est en quelque sorte un poème filmé, ponctué d’images que nous avons tous et toutes déjà vues quelque part. On y retrouve entre autres des photos rappelant ces documentaires sur l’origine du Monde, de celles qui nous parlent profondément, et nous interrogent sur l’existence de toutes ces merveilles naturelles, inexpliquées pour le commun des mortels. Dans L’Arbre de la vie, à moins d’être purement cartésien, impossible de ne pas faire un lien entre de telles images spectaculaires et des moments de notre propre vie, et impossible de ne pas entrer dans un état de pure contemplation devant la perfection de notre Univers!

Pour vous mettre en appétit, voyez d’abord la bande-annonce :




Ce qui caractérise le style unique de Terrence Malick, c’est la quantité innombrable de voix off et son perpétuel rappel du mystère de la vie, de la mort, du céleste. L’Arbre de la vie est son cinquième film en quarante ans, et on peut clairement suivre son cheminement à travers sa filmographie. Malick est décidément un grand philosophe, à la limite du métaphysicien, qui avance complètement à contre-courant dans la société matérialiste américaine.

Quand l’Univers appelle la Terre
Le but du réalisateur est probablement toujours le même depuis son premier film, soit celui de nous forcer à nous questionner sur notre interdépendance avec le Cosmos qui nous enveloppe. Parallèlement à ces clichés célestes, nous retrouvons des images reflétant le génie humain, à travers des œuvres architecturales stupéfiantes ; les amateurs de design urbain seront comblés. Malick nous montre ainsi qu’il existe un lien indéniable entre l’espace intergalactique et les infinies possibilités des constructions humaines.

Il y a certes un fil directeur en trame de fond (c’est la faute à Hollywood!), mais à la limite, le synopsis de ce film n’a aucune importance, et il n’est pas très clair non plus, à dire vrai. On comprend que cela se passe aux États-Unis, dans un petit quartier qui rappelle celui des Beautés Désespérées, à la fin des années 60. On comprend aussi qu’un jour, une tragique nouvelle frappe de plein fouet une famille tout à fait traditionnelle : l’un des trois fils meurt, à l‘âge de 19 ans. S’est-il suicidé? A-t-il eu un accident? Ce n’est pas important. Ce qui l’est, c’est le questionnement que sa mort imprévue suscite chez son frère aîné devenu grand (Sean Penn), chez sa mère douce et aimante (Jessica Chastain) et chez ce père absent et autoritaire qu'incarne Brad Pitt. Pourquoi la mort est-elle inévitable pour toute forme de vie? Où vont les “choses”, une fois qu’elles quittent “notre monde“? Allons-nous les revoir un jour, lors de notre propre mort? Dans L’Arbre de la vie, Malick en profite pour poser des questions existentielles, et nous amène ainsi un peu plus loin dans nos propres questionnements.

 En salles depuis le 17 juin.

 

La lumineuse Jessica Chastain, actrice quasi inconnue mais dont la carrière s'annonce prometteuse.

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