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« J'avais très envie de refaire une comédie. Potiche, c'est la revanche d'une femme contre son mari, une dame qui va se rebeller sans mesquinerie, ni violence excessive. » De quoi donner des munitions à cette interprète connue pour ses rôles forts. Et celui-ci ne fait pas exception.
Inspiration politique
Pour sa deuxième collaboration avec François Ozon (avec qui elle a travaillé dans Huit femmes), Deneuve campe la douce moitié d’un patron d’usine autoritaire (Fabrice Luchini). Véritable « Stepford Wife », Catherine Deneuve est une femme typique des années 1970, qui prépare sagement le souper de son mari sans jamais arriver à placer un mot pendant leurs échanges. Une véritable potiche! Mais lorsqu’un conflit de travail ébranle la santé de son époux, elle doit prendre sa place à titre de grande patronne. Avec l’aide de ses enfants (Jérémie Renier et Judith Godrèche) et du maire de la ville (Gérard Depardieu), le personnage de Deneuve prend de l’assurance et ne veut plus qu’une seule chose : garder le contrôle de l’entreprise… et de sa vie.
« Pour écrire les échanges houleux entre Fabrice Luchini et moi, François Ozon s'est inspiré du juteux débat présidentiel entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal lors des élections françaises de 2007 », affirme Catherine Deneuve. Vers la fin du film, son personnage se lance même en politique, rappelant encore plus l’ex-candidate à la présidence. Deneuve l’a-t-elle aussi imitée? « J’ai eu plein de modèles et d’images tout au long du film. Des images personnelles, des images symboliques, des noms que je ne citerai pas parce que ça réduirait le propos. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai pensé à beaucoup de personnes. »
L’actrice a eu amplement le temps de cogiter sur son rôle puisqu’elle a suivi le processus créatif de François Ozon dès le début du projet. « J’aime arriver en amont pour pouvoir vraiment comprendre, donner mon avis, discuter, confie-t-elle. J’essayais d’aller dans le sens que François attendait. II parle très bien de ce qu’il veut faire. Certains acteurs aiment travailler quand le scénario est définitif, moi, j’aime être impliquée un peu avant. J’ai besoin que les choses viennent de tous les côtés pour que le personnage se dessine peu à peu; je ne peux pas le construire seule avant le tournage. J’ai une idée, bien sûr, mais je ne peux pas vraiment fabriquer le personnage si je reste dans l’abstrait. »
À nous deux
Si Catherine Deneuve est la star incontestée de Potiche, ses collègues masculins restent des plus importants. Avec raison : l’actrice est entourée de Fabrice Luchini et de Gérard Depardieu, deux autres géants du cinéma français. Le film de François Ozon est d’ailleurs la septième réunion cinématographique entre Deneuve et Depardieu, qui campe ici un maire communiste désirant aider le personnage de Deneuve à régler les problèmes de l’usine, et avec qui il entretiendra une passion amoureuse complètement inattendue.
Comment les retrouvailles avec Depardieu se sont-elles passées? « Je ne le vois pas souvent, mais c'est quelqu'un que je connais depuis longtemps, explique Deneuve. Nous avons une complicité assez évidente. Son physique tellement fort ne l'empêche pas d'avoir une grâce inouïe, une légèreté et une finesse incroyables. C'est un partenaire très généreux. Il vous protège. Avec lui, j'ai moins d'appréhension. »
Ses rapports avec Fabrice Luchini étaient quant à eux complètement différents. « Avec Gérard, on peut modifier les choses à la dernière minute, explique Deneuve. Avec Fabrice, c’est un peu plus compliqué; il est avant tout un acteur de théâtre. Il a déjà complètement construit son personnage quand il arrive sur le plateau et il est très soucieux de ce qu’il a imaginé. » Mais il en faut davantage pour impressionner un monstre sacré comme Catherine Deneuve!
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Le théâtre : pas pour elle!
Catherine Deneuve a souvent joué dans des films inspirés de pièces de théâtre, comme Potiche et Huit femmes, mais n’allez surtout pas lui demander de monter sur les planches. « Je ne m’imagine pas être sur une scène, révèle-t-elle. Ce qui me fait peur, c’est qu’il faut tout prévoir. Et on fait toujours la même chose. J’ai un peu de mal avec ça… et avec le trac d’être devant des gens. »
Par Toby Leclerc