Le rêve éveillé de Christopher Nolan

2 juin 2011


Parmi les cinéastes américains qui ont le vent dans les voiles depuis quelques années, Christopher Nolan est dans le peloton de tête. Arrivé de nulle part en 2000 avec l’excellent Memento, il a depuis réalisé les deux derniers volets de la série Batman, dont le très acclamé Le Chevalier noir, et a créé le film événement de l’année 2010 : Origine (Inception). Pas mal pour un réalisateur qui a tourné son premier long métrage il y a treize ans avec un budget de 6000 $.

Implanter une idée
Engagé par les firmes les plus puissantes du monde, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) s’insinue dans les songes de riches hommes d’affaires pour dérober les secrets les mieux gardés de leur entreprise. Ses manœuvres sont par contre déjouées à l’occasion par l’apparition de son ex-femme (Marion Cotillard) que Cobb fait surgir inconsciemment dans les rêves parce qu’il se sent coupable de son décès.
Arrive alors un riche entrepreneur (Ken Watanabe) qui demande à Cobb et à sa bande de faire ce qui n’a jamais été tenté auparavant : une implantation. Au lieu d’extraire des informations des rêves d’une personne, ils devront implanter une idée dans son subconscient. Cette opération, beaucoup plus complexe que l’extraction, requiert beaucoup de préparation, et Cobb part à la recherche d’une équipe qui le secondera, lui et son fidèle associé (Joseph Gordon-Levitt). Il s’entoure alors d’une jeune architecte (Ellen Page), d’un faussaire de talent (Tom Hardy) et d’un anesthésiste innovateur (Dileep Rao). Ensemble, ils pénètrent dans les rêves d’un jeune héritier (Cillian Murphy) et tentent de changer ses convictions. La procédure, qui était déjà risquée, prendra des proportions que personne n’aurait pu soupçonner.

Pour vous mettre en appétit, voici la bande-annonce :



Défi relevé
Avec un tel scénario, le défi technique et visuel était immense. Doté d’un budget d’environ 160 millions de dollars, Nolan a réussi à le relever avec brio. Les images sont à couper le souffle, et l’univers onirique dans lequel sont plongés les personnages est très bien développé, particulièrement dans les scènes de déconstruction du réel (mention spéciale ici à la ville reconstruite à l’envers et sur les côtés, comme dans les magnifiques œuvres du dessinateur Escher). De plus, le réalisateur n’est pas tombé dans le piège de la surcharge d’effets spéciaux. Certaines scènes, comme le conflit armé dans une région nordique, sont très réalistes et fort bien réussies.
Quant aux acteurs, ils sont également très bien dirigés. Même si aucun d’entre eux ne se démarque du lot plus qu’un autre, l’équipe de comédiens ne contient aucun maillon faible, et chaque personnage est bien campé. Chacun d’entre eux nous transporte à tour de rôle dans un récit épique au rythme effréné et à la trame sonore omniprésente.

L’autre côté de la médaille
Si le scénario d’Origine est louable par son originalité, ses trouvailles et ses revirements bien construits, il est par contre décevant de voir arriver de nouveaux éléments dans le seul but de faire avancer l’histoire. Comme dans tout film de science-fiction, il est facile d’inventer une nouvelle règle de l’univers pour passer à une autre étape, mais ce procédé appuyé semble malheureusement toujours arrangé avec le gars des vues. La fin du film est aussi vraiment trop précipitée. Alors qu’il reste encore beaucoup d’éléments intéressants en suspens, on ramasse le tout et on conclut l’histoire en cinq minutes. Il aurait été plus logique de proposer au spectateur un autre volet au film où le récit aurait continué à se développer plutôt que de se terminer en nous laissant sur notre faim.
Toutefois, ces quelques éléments négatifs pèsent bien peu dans la balance en comparaison du plaisir que procure le visionnement d’Origine, un des films les plus inventifs que la grosse machine hollywoodienne ait produits au cours des dernières années. 

Leonardo DiCaprio attentif aux directives du réalisateur Christopher Nolan

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Martin Laroche

Photos © Warner Bros International Television Distribution. Tous droits réservés.

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